Déclaration préalable au Comité Technique DR Touraine-Berry du 29 janvier 2015

, par  Sud PTT 36-37 , popularité : 6%

Après plus de deux mois d’attente, la Poste vient de prononcer la révocation comme sanction à Yann Lemerrer secrétaire départemental du syndicat SUD activités postales du 92.Cette décision est inacceptable au regard des faits reprochés, tous liés à l’activité syndicale et à un conflit du travail.

Prononcer un tel niveau de sanction à un représentant syndical fonctionnaire, c‘est du jamais vu depuis 1951, date à laquelle 2 responsables de la fédération PTT de la CGT avaient subi la même sanction !

Face à une telle décision nous ne pouvons que manifester notre indignation, notre colère et notre révolte car depuis quelques années la Poste brandit, afin de faire taire toutes les velléités de revendiquer et de refuser ses projets, tout un arsenal répressif contre les grévistes et leurs représentant-es : menaces, intimidations, appel aux forces de police, plaintes, huissiers.

Ce dispositif répressif se traduit en interne par des conseils de discipline allant jusqu’au licenciement pour les salarié-es ou même aujourd’hui la révocation pour les fonctionnaires comme c’est le cas aujourd’hui pour Yann.

Qu’a fait Yann pour être révoqué ?

Il est simplement entré dans des établissements, y a pris la parole, y a fait des appels de soutien pour les collègues grévistes.

Il a cherché à développer et à étendre la grève. Il a cherché à ce que les personnels se rencontrent et se coordonnent !

En clair, il a fait son boulot de syndicaliste. Tout simplement.
Mais, à la Poste, en 2014, vouloir entrer dans un établissement pour rencontrer les personnels mobilisés ou prendre la parole est un crime.

De plus en plus souvent en tout point du territoire, La Poste et ses directeurs/trices bafouent la liberté d’expression. Ils nous interdisent d’entrer dans les établissements, nous interdisent de nous adresser aux personnels et même de distribuer des tracts ce qui constitue quand même, et nous tenons à vous le rappeler, la base de l’activité syndicale.
Et ce malgré toutes les décisions nombreuses (TA, Prud’hommes, Inspection du travail. TGI, tribunal correctionnel) qui l’ont renvoyée dans les cordes ces dernières années dans ses multiples tentatives de criminaliser l’action syndicale !

Alors que la Poste revendique sur son site « Je suis Charlie » et défendre la liberté d’expression, on en est très loin dans les faits notamment sur le terrain au courrier ou les effets s’en font ressentir. Mais c’est quoi pour la Poste, la liberté d’expression ? Celle-ci s’arrêterait-elle aux portes de l’entreprise ? Ou ne devrait-elle s’appliquer qu’aux autres ? C’est tout simplement de l’enfumage !

Cette situation n’augure rien de bon pour les futures négociations sur un nouveau texte sur l’exercice du droit syndical et envoie à l’ensemble des fédérations mais également aux personnels un bien mauvais signal. La Poste nous oppose toujours le décret de 1982 dont le titre, à lui seul, démontre l’immobilisme, l’inertie – inertie volontaire, bien entendu - de l’entreprise en la matière. Ce décret traite du droit syndical dans « la Fonction publique ». Et nous sommes dans une société anonyme depuis bientôt 5 ans !

Nous y sommes habitués-es : La Poste s’appuie sur le droit privé ou le droit public, en fonction de ses intérêts du moment. Il arrive aussi qu’elle mélange les deux pour nous opposer une bouillie indigeste.

Il arrive aussi qu’elle invente ses propres règles. Il en est ainsi du délai de prévenance pour venir dans un établissement. Certain-es DET conditionnent même la venue des syndicalistes à une autorisation préalable de leur part, après avoir exigé les noms des représentants –es ainsi que le motif de leurs venue !!! Une pure invention postale qui bafoue tous les textes internationaux.

Comment peut-on admettre un seul instant qu’il faille des années entières pour que la Poste se mette en conformité avec les conventions et traités internationaux ratifiés par la France ?

Et ces personnes, aujourd’hui, prétendent nous donner une leçon sur la liberté d’expression et d’information ? Laissez-nous rigoler !

Ce n’est pas non plus un hasard si cette entreprise multiplie les obstacles au droit de grève. Un droit tout aussi important (et, nous le rappelons au passage, constitutionnel) que le droit syndical puisqu’il permet l’organisation collective du personnel dans l’action collective !

Il a fallu, là aussi, dix ans, pour faire admettre à nos dirigeants que les salarié-es avaient le droit de faire grève une heure comme ils l’entendaient. Dix ans pendant lesquels, la Poste a opéré à coups de trentième en toute illégalité pour une heure de grève, dix ans à nous dire qu’on ne pouvait pas prendre la grève en cours de route, dix ans à nous dire qu’on ne pouvait arrêter une grève et la reprendre, à nous dire que la grève devait se dérouler au début de la vacation… et j’en passe !

C’est le même sketch qui s’est déroulé à propos de la compétence de l’Inspection du travail où, dans les années 2000, La Poste a sorti une série de notes. La première affirmait que l’Inspection du travail ne pouvait entrer dans les établissements ; pour finir, deux ans après, par admettre qu’il fallait bien laisser entrer les inspecteurs… s’ils insistaient !

Puisque vous avez décider de révoquer Yann, nous vous le disons solennellement : ce sont des dizaines de révocations et de licenciements qu’il faut alors prononcer contre des dirigeants et cadres qui bafouent tous les droits fondamentaux depuis des lustres. Oui révoquer ces individus qui par leur incompétence et/ou leur entêtement à casser du syndicaliste font condamner régulièrement La Poste.

Pour revenir à Yann nous concluons que la décision prononcée par la direction (et en l’absence d’avis majoritairement de la CAP conseil de discipline) est illégitime. Votre décision est politique. Notre réponse sera à la hauteur.

Nous mettrons tout en œuvre pour que Yann soit réhabilité dans ces droits et ferons annuler cette décision et toutes les autres concernant nos camarades sanctionnés comme nous l’avons toujours fait. Une fois de plus La Poste a pris la mauvaise décision : il ne faudra pas s’étonner du retour de bâton !

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